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Sérendipité


Un recueil de billets de Marie-Anne Chabin
 

La sexualité des archives, la sérendipité documentaire, l’infobésité… Il y a dans la langue française des centaines de mots qui se terminent avec le suffixe –ité. Marie-Anne Chabin a choisi d’en commenter quelques dizaines pour illustrer son analyse de la société de l’information.

Il s’agit de petits textes qui mettent en scène une qualité ou un défaut tels que l’authenticité, l’intégrité, la médiocrité, mais aussi une attitude comme la fébrilité ou la custodialité, ou encore un acte avec calamité, cybercriminalité, nativité, voire un participe passé (illimité, déshérité).

Les cinquante-neuf billets, de temporalité à traçabilité, dressent le portrait malicieux et avisé des contradictions de la société face à la place croissante du numérique et des réseaux.

Ce sont de libres propos, inspirés par son expérience professionnelle et personnelle, qui amènent subrepticement le lecteur à regarder autrement certaines vérités qu’il croyait acquises.

Les textes et les images se présentent dans l’ordre où Marie-Anne Chabin les a publiés sur son blog, avant d’en faire ce recueil aussi drôle qu’instructif, si riche qu’on peut le relire plusieurs fois, car on y trouve toujours de nouvelles idées.

Première diffusion le 24 avril 2013
3,49 € - 4,59 $ca sur 7switch | Poids moyen | Essais & témoignages
ISBN : 978-2-923916-64-4


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Un échantillon : 33 - Solidarité

La solidarité est un de ces traits de caractère des personnes ou des groupes humains qui s’appliquent également aux documents, ce qui n’a finalement rien d’étonnant car les documents sont la trace de l’activité humaine et sont donc susceptibles de présenter les mêmes qualités et les mêmes défauts que leurs auteurs : clarté, duplicité, concision, confusion, originalité ou banalité, etc.

Une des définitions les plus courantes de la solidarité est « un lien d’engagement et de dépendance réciproque entre des personnes ainsi tenues à l’endroit des autres, généralement des membres d’un même groupe liés par une communauté de destin (famille, village, profession, entreprise, nation, etc.) ».

Or ce qui caractérise les documents d’une même affaire (une acquisition, un marché, un contentieux) c’est bien le lien de dépendance des pièces du dossier et la communauté de destin de ces documents.

Le groupe archivistique se construit autour de l’acte qui définit l’affaire (un contrat, une décision, un jugement), acte qui engage son auteur et qui délimite le périmètre du dossier. Les autres éléments documentaires, ascendants ou descendants de l’acte principal, collatéraux et amis très chers, s’agrègent tout au long de l’affaire, dans une relation d’interdépendance, pour créer solidairement le dossier de l’affaire avec le rôle bien précis d’expliquer et de justifier cette action pendant le temps qu’il sera nécessaire de le faire.

Au sein de la petite communauté que constitue le dossier solidaire, pas de discrimination liée à la conformation, la taille, le poids, le lieu de naissance ou la couleur de peau : feuille de papier glacé 170 gr imprimé en couleur, liasse de trois centimètres de papier recyclé agrafée et remplie d’une fine écriture manuscrite, bande son, ZIP de fichiers PDF et JPEG ou fichier numérique au format XML de 7 méga-octets, toutes les formes sont admises puisque, comme le rappelle la loi, la valeur de l’information ne dépend pas de son support.

Le dossier solidaire engage toutes ses composantes dans un destin commun, que l’on appelle réglementairement et professionnellement la durée de conservation :

« Mes sœurs (les pièces), mes frères (les documents), restons unis, pour le pire ou pour le meilleur ! »

« C’est ensemble que nous irons au coffre (Fichet-Bauche ou Cecurity.com) ou à la déchiqueteuse ; envers et contre tout, nous resterons soudés ! »

« Notre feuille de route a prévu un voyage de dix ans et nous nous soutiendrons quoi qu’il arrive ; et si un événement imprévu nous obligeait à poursuivre la route dix années de plus, notre engagement tiendra bon et nous franchirons ensemble la ligne d’arrivée ! »

« Enfin si, d’aventure, nous étions appelés à franchir le portail prestigieux des archives historiques, nous le franchirions ensemble ! Vive la solidarité ! »

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Note de lecture

Par Daniel Ducharme

Sur son blogue Impressions, Expressions, Marie-Anne Chabin a publié entre juillet 2011 et août 2012 cinquante-neuf “définitions” relatives à l’archivistique et, plus largement, à la société de l’information. Fait particulier, tous ces mots se terminent pas “ité”. Il s’agit de substantifs, bien entendu, dont plusieurs néologismes : touité, univercité, etc. Récemment madame Chabin a eu l’excellente idée de les réunir en un fichier unique, à lire en versions PDF, ePub et Mobi (Kindle).

Le complément de titre du recueil – “Critique malicieuse de la société de l’information à l’usage de ceux qui pensent (et donc, archivent)” – place d’emblée l’archiviste au cœur de la société de l’information dont il est ou, à tout le moins, devrait être, un acteur essentiel.

Cette société, avec ses technologies qui envahissent nos vies au point d’en changer la donne au quotidien, et qui affectent tant notre sphère professionnelle que personnelle, Marie-Anne Chabin nous invite à la penser dans sa globalité, à la revoir sous un angle moins immédiat. Elle nous rappelle aussi que notre pratique n’est pas qu’une pratique et que l’archivistique, finalement, ne manque pas d’humour… tout en étant une discipline des plus sérieuses ! En témoigne cet extrait qui clôt le mot temporalité : « Il serait utile de compenser ce glissement, induit par l’environnement technologique, par une démarche volontariste de ré-ancrage de la mémoire dans un passé mieux perçu, mieux discerné, mieux évalué. Cela passe par l’éducation à la critique et à l’archivage raisonné. ».

Je vous encourage fortement à vous procurer cet ouvrage disponible sur toutes les plateformes (iTunes Store, Kobobooks, Amazon Kindle, etc.). Vous le constaterez de vous-mêmes : il s’agit d’une lecture très agréable au cours de laquelle vous apprendrez beaucoup… tout en vous amusant !

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Pourquoi, comment ?

Par Marie-Anne Chabin

Critique malicieuse de l’information numérique dans la société, ce recueil de billets a pour objectif d’exprimer ce que je pense de la société de l’information, de l’écrit comme moyen d’action, de l’impact du numérique sur le concept de mémoire &#ndash; individuelle ou collective, sur la relation entre les humains et les outils qui tracent leurs actes ou supportent leurs discours.

La formule est de prendre argument d’un mot pour illustrer les fondamentaux de la critique diplomatique (ma discipline préférée) dans l’environnement numérique, et plus largement pour attirer l’attention sur les enjeux de l’information, ses menaces et ses opportunités. Et comme la contrainte est source de créativité dans l’écriture (c’est du moins mon expérience), il y a des règles : la périodicité hebdomadaire, le suffixe du titre, etc.


Marie-Anne Chabin est diplomatiste, expert en archivage et professeur de son état. Elle est curieuse, enjouée et provocatrice, par nature. Elle a commencé sa carrière professionnelle comme archiviste dans les archives publiques, le temps de prendre conscience qu’elle était encore plus intéressée par l’effet du temps sur l’écrit que par l’histoire, et par les difficultés de gestion de l’information des entreprises plus que par la valorisation du patrimoine.

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Livres publiés


M-A. Chabin : Sérendipité