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Lui, les chats et Elle


Un roman de Claire Y. Libet
 

« Que marmonnes-tu, Pitch ?

— Ça m’a plu… Et si on continuait, à lui raconter notre vie ?

— Oh ! Léonie a bien d’autres choses à lire !

— Dommage, moi j’ai du temps libre.

— Un VRAI journal pour nous, alors ?

— Tu dis ?

— Que c’est une jolie idée.

— Ah tu vois ! Mrrr mrrr. »

Claire Yonova-Libet signe ici son premier ouvrage, recueil pris sur le vif sous le ciel de Marseille, en Provence. Regards croisés, connivences entre humains et félins, l’auteure nous entraîne à la découverte d’un territoire intime dont les contours sont sans cesse redessinés au fil des pages et des rebondissements.

Première diffusion le 13 décembre 2014
3,49 € - 4,59 $ca sur 7switch | Poids moyen | Romans
ISBN : 978-2-923916-92-7


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Un échantillon :

Parenthèse

Ces petits animaux se mutinent, chacun à sa façon. Quoi de plus normal ? Et comme pour Pitch, la subtile, l’avenir est incertain…

Ah ! s’il se pouvait de ne jamais les trahir !

Tout ça est-il bénin comme beaucoup l’estimeront ? (cela dépend du point de vue, pas du nombre d’épreuves plus sérieuses où nous avons, à bon droit, barboté et suffoqué – et même parfois dominé, soi-même premier surpris.)

Eh bien non, Pitch et Sniéjok SONT une affaire sérieuse.

J’apprécie (immodérément) en eux un exemple proche de la perfection que n’explique pas tout à fait la simplicité, (très supposée) de leur condition, puisque, pour les bêtes comme pour les humains, le destin peut être si inégal. Perdons un rien de temps à méditer la chose… ! Mais ne craignons pas d’affirmer encore que les animaux nous humanisent. Quant à moi, ils m’ont réappris à murmurer de douces bêtises trop oubliées, et à jouer – JOUER ! – souvent au ras du sol, (parfaitement !) sans minime honte.

Donc, à première et seconde vue : Pitch et Sniéjok n’ont rien d’une parenthèse.

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Présentation :

Par l’auteure :

L’écriture de ce petit livre au contenu pas vraiment anodin – mais plein d’humour, j’espère –, me fut une sorte de refuge devant l’incertitude liée à “Lui”, mon mari, quant au sort réservé aux deux chats hérités de ma maman. Notez que la mention du deuil éclaire le ton résolument sentimental des sketches. Concernant le suspense, ce fut vraiment facile puisque, dit-on, la réalité dépasse souvent la fiction. Alors là, j’en ai profité sans barguigner. Pour l’ensemble du récit, aux lecteurs de décrypter ; mais c’est clairement affiché : à mes chats, je ne cache rien !

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Un autre échantillon :

Prêtresse

On a ouvert la réserve où sont entreposées les affaires de Katioucha, la première maîtresse des deux chats, mère de Elle…

Ressurgie dans le présent, j’interrogeai Elle d’un « Mia ! » très doux. Notre nouvelle mère me dévorait des yeux, muette et appuyée contre l’étagère aux livres. « Qu’est-ce qu’elle a ? Elle est fâchée ? » me suis-je demandé.

« Mais non ! » me dit-elle pile poil, comme si elle avait deviné mon inquiétude subite. Au contraire, elle se plia en trois jusqu’au sol pour me caresser, et j’entendis ces paroles étonnantes : « Va, tu peux y aller, ma nouchette ! »

Alors chat ! que s’est-il donc passé pour qu’elle soit devenue si compréhensive ?

Y réfléchir… plus tard.

Et la grimpette commença : le bonheur !

Je visitai tous les étages, faisant pause sur une pile de torchons, puis sur un peignoir bouclettes bien moelleux que je quittai à regret. Mais, je voulais tout revoir et décidai de redescendre presto pour folâtrer ailleurs.

Infatigable, j’explorai tout, m’attardant ici et là sur des coffrets à l’arôme poussiéreux, recelant des riens ou des pétales séchés, lorsque Elle soulevait un petit couvercle… Humant comme jamais, je sentais courir les ondes de la passion sur mon échine.

Puisque tout m’était permis, où ne me faufilai-je pas ! Disparaissant là, surgissant ici, mon petit bout de queue à la traîne me signalant à ma nouvelle maîtresse qui s’était remise en faction – respirait-elle seulement ? Troublée, je lui fis un signe joyeux et m’approchai pour l’obliger à s’accroupir et recevoir mon coup de joue affectueux et possessif, ce qu’elle fit. Et sa bouche s’étira vers ses oreilles. « On dirait que tu es plusieurs, Pitch, comme la chèvre de M. Seguin ! » gloussa-t-elle, quoique je ne connaisse pas cette bête (sûrement une dégourdie grisée de joie, comme moi en ces instants !).

Rassurée, je m’éloignai…

Soudain, je m’arrêtai, comme aspirée dans un creux étrange. Toute bouleversée, à mon tour je fixai Elle, et de lui lancer, télépathe : « Mais Katioucha je ne la trouve pas ! »

Un moment, je crus n’être pas entendue, mais je me trompais. Comme je m’approchai pour l’écouter, elle s’agenouilla, me gratouilla le menton, et dit : « Pourtant, Pitch, notre Katioucha est près de nous, très près… même si nous ne pouvons pas la voir – sauf parfois en rêve –, tandis qu’elle nous voit… sûrement. Du lieu de la plus pure Lumière dont elle savoure les mille nuances : de la plus vive, étincelant sur des fontaines adamantines, à la plus douce, comme celle qui filtre des persiennes au lever du jour en été… »

Pupilles agrandies d’attention, il était lumineux que j’attendais une suite ; mais il n’y en eut pas. Dommage. Elle continua de me câliner en silence puis ajouta dans un murmure : « Je sais, ce n’est pas bien une réponse pour une chatoune comme toi…, même très fine. »

Elle avait peut-être raison.

Enfin, j’en retins, que Katioucha on PEUT LA VOIR EN RÊVE…, et moi je rêve beaucoup ; suffit d’être patiente…

Quelque chose de mouillé et de chaud me tomba sur une oreille, que je secouai.

Au fond, si, sa réponse m’allait bien !

Là, je partis comme une flèche, dévalant l’escalier (pas à « claire-voie » dans ce sens), retraversai le seuil de ce qu’Elle me nomma plus tard « le garage », et, en trois bonds fus sur la pelouse. Comme elle m’appelait, inquiète, a-t-on idée !, je lui déboulai sous les pieds tandis qu’elle sortait à son tour, et galopai vers l’escalier que je gravis sans crainte, produisant sur les degrés un son joli de batterie feutrée. Tout aussi excitée, je crois, elle fit demi tour et monta à ma suite.

Derechef, j’examinai la petite pièce, quoique en coup de vent. Et puis allez, je redescendis vite. En bas, contournement de la voiture et bis repetita, martèlement joyeux sur les marches.

De nouveau là-haut, essoufflée (enfin) pause étalée sur le dos, reconsidérant tout à me tordre le cou : j’achevai mes repérages. Pas du tout un rêve, l’endroit existait bien. Position intégrée pour y revenir. Même toute seule… !

Profitant de l’intermède, Elle sortit d’une minuscule armoire une statuette laiteuse figurant une chatte assise « en majesté » et me raconta que c’était une déesse jadis vénérée en Egypte ( ?)… Bastet ! mue, très flattée, l’explication longuette la concernant m’ennuya à peine, et je flairai poliment la petite chose lisse et froide en guise de MERCI. Car, en un rien de temps m’avait été révélé un espace que je sus bien à moi – pas une seconde, je ne songeai que Sniéjok pourrait y faire valoir ses droits, Petit frère avait complètement déserté ma pensée… !

Au bout d’un long moment, j’acceptai de rentrer au logis ordinaire. Entre nous, les émotions m’avaient creusé un appétit d’ogresse. Aussi, cette fois, pas de chipotage, je dévorai.

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