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Onze nouvelles

La onzième étant une nouvelle érotique pour que l’éditeur fasse ses frais


Un recueil de nouvelles de Sinclair Dumontais
 

Ce qu’il y a de bien, avec les nouvelles, c’est qu’elles ne prennent que quelques heures à écrire et quelques minutes à lire. De cette façon, si la bête est barbante, que ce soit à écrire ou à lire, on sait à l’avance que ce ne sera que de courte durée. On apprécie Dieu merci que ce ne soit pas un roman.

Cette crainte de gaspiller son temps fait de la nouvelle une forme de récit particulièrement bien adaptée à notre époque. Non pas que nous manquions de temps pour lire ou pour écrire. Soyons honnête : manquer de temps, c’est d’abord et avant tout une mode. C’est une façon de dire, et surtout de se dire, qu’on est important, sollicité, essentiel à la bonne marche de l’économie mondiale. Non. Si la nouvelle convient bien au siècle, c’est que ce dernier nous a tous habitués à passer à autre chose le plus rapidement possible. Tout nous étant maintenant offert digéré à l’avance, consacrer du temps est devenu synonyme de perdre du temps.

La bonne nouvelle, car il y en a une, c’est que la nouvelle est un roman que l’auteur a digéré dans sa tête pour lui éviter d’avoir à écrire trop longuement et pour éviter au lecteur l’inconfort de devoir lire des heures et des heures.

La mode sera-t-elle bientôt à la nouvelle courte, très courte, toujours plus courte ? Je parie que oui. Elle fera tout au plus une page, mes bons. Les auteurs les plus habiles feront même en sorte qu’elle puisse s’afficher toute entière et de manière parfaitement lisible sur l’écran du téléphone qu’on tient à la main quand on fait ses courses.

En attendant, en voici quelques-unes honteusement plus longues. Sachant qu’elles mettraient toutes plus de deux minutes à lire, j’ai fait l’effort de les rendre intéressantes. Si vous les trouvez barbantes, rassurez-vous : ce ne sera que de courte durée.

Première diffusion le 31 janvier 2011
3,49 € - 4,59 $ca sur 7switch | Poids moyen | Nouvelles
ISBN : 978-2-92391-616-3


Plus d’infos


 

Un échantillon :

Vous me demandez, madame Barot, d’écrire votre biographie en modifiant volontairement les passages qui vous déplaisent. Le résultat, si j’acquiesçais à votre demande, serait le récit non pas de votre vie mais de la vie que vous auriez aimé vivre. Si cet ouvrage était produit à un seul exemplaire, si cet exemplaire restait ensuite sur votre table de nuit, cela ne poserait aucun problème. Vous devez toutefois comprendre que dès le moment où il trouverait un lecteur autre que vous, et je ne peux présumer du contraire, il deviendrait une supercherie écrite par un faussaire et ce faussaire serait moi. Sur le plan éthique comme sur le plan professionnel, il m’est proprement impossible de me prêter à une telle manœuvre. En moins de deux j’y perdrais à la fois mon honneur et ma crédibilité. Même si je signais cet ouvrage d’un pseudonyme, le biographe que je suis sait fort bien qu’un jour viendrait où je serais démasqué. Je n’ose imaginer le tort qui me serait fait suite à une telle découverte. On questionnerait l’honnêteté de toutes les biographies que j’ai pu réaliser à ce jour. Le travail d’une vie porterait le sceau de l’imposture.

Je pourrais terminer ma réponse en vous disant que votre demande est tout simplement irrecevable. Je m’en voudrais toutefois d’être aussi expéditif car votre lettre m’a beaucoup bouleversée. À la lecture des nombreuses pages que vous avez pris le temps de m’écrire, j’ai clairement compris pourquoi vous souhaitiez que cette biographie soit produite. Vous considérez qu’on vous a volé votre vie. À défaut de pouvoir la revivre telle qu’elle aurait dû être, vous aimeriez pouvoir en lire le récit corrigé.

Vous n’êtes pas la première personne à vouloir reculer le temps pour vivre autre chose que ce que vous avez vécu. La plupart des gens qui regardent derrière eux peuvent identifier avec une grande précision les événements qui ont le plus marqué leur parcours et, parmi ces événements, ceux qui auraient dû être autrement. Ceux qu’ils tiennent pour responsables de bifurcations malheureuses, ayant profondément façonné leur avenir. Par contre, je ne me souviens pas avoir vu ou entendu une personne faire le souhait de réécrire sa vie en contournant les moments dramatiques afin de ne plus être obligées d’en vivre les conséquences. En cela, je comprends que vous ne cherchez pas à camoufler mais à réparer.

Me permettrez-vous quelques observations ? Sans vouloir refaire votre vie, car si je tenais votre demande pour recevable ce n’est pas moi mais vous qui m’en dicteriez la chronologie, je remarque une chose assurément responsable d’un énorme gâchis : le fait que vous ayez régulièrement manqué à votre obligation de vous respecter vous-même.

J’ai fort bien compris que ce manque de respect et de confiance en vous est la conséquence directe de ce que vous avez vécu dans votre jeunesse : une agression à un âge où vous ne saviez pas même ce qui vous arrivait, et l’indifférence totale de votre père face à votre existence et à votre devenir.

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Livres publiés


Sinclair Dumontais :  Appel à témoins
Sinclair Dumontais : L’empêcheur
Sinclair Dumontais : Condamné à mots
Sinclair Dumontais : Onze nouvelles