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La saga de l’Antévers 2 :
L’annihilatrice à couettes


Un roman de Guilhem
 

Dans cette suite du Chevalier à la canne à pêche, l’écriture de Guilhem est un triomphe de la rencontre de l’Heroic Fantasy et de l’humour. Savoureusement imaginatif et d’une qualité d’évocation remarquable, son récit nous emporte dans cette mascarade lumineuse où tout est possible et où la surprise de lecture, atterrée et joyeuse, est omniprésente. L’imagination débordante de cette saga titanesque pousse, comme irrésistiblement, à une lecture dévoratrice. Guilhem signe là un deuxième tome à sa Saga de l’Antévers à la hauteur de nos espérances les plus folles.

Le monde est peuplé de formes des vies diverses aux contours gorgés d’implicites luminescents, purulents, ordinaires... Des fées, des harpies, des gnomes, des farfadets, un dieu, des géants, des morts-vivants, des mutants cycliques, des anges, des humains, des gorgones et un tas d’autres figures indéfinies co-existent, pour le meilleur et le bien pire. La violence est omniprésente. Violence belliqueuse, violence des passions, violence de la vulgarité, violence de la magie, violence des poussées de rationalité, même. Et le grand conflit intercontinental continue. Dans le premier tome (Le chevalier à la canne à pêche), un puissant Archange œuvra avec ses fantassins et ses angelots kamikazes à envahir le continent sur lequel notre œil se pose. Un Oracle œuvra à le défendre. Un groupe d’hirsutes compagnons et compagnes est en quête. Et roule le tonnerre de la vie et du cycle de la guerre, ni bon, ni méchant, juste… étant. Or, parmi ces hardis olibrius de choc figure une modeste adolescente avec des couettes, Sélène… C’est elle, l’Annihilatrice, qui confère son titre à ce second volume de la Saga de l’Antévers et dont l’intrigue se déroule autour de cette roussette de douze ans, vivant, au cœur de la tourmente guerrière, au milieu de ses hardis compagnons et compagnes éclectiques, grognards et dépareillés.

Apparaît alors un nouveau venu du nom de Pierre, digne représentant du peuple des pierres qui vit un grave schisme dont Sélène est l’involontaire épicentre. Une faction de ce peuple minéral considère que la jeune adolescente aux couettes est l’Annihilatrice et cette phalange, hautement remontée, entend en découdre avec la frêle demoiselle, avant que son action destructrice ne s’engage dans le torrent des mondes. Mais Pierre se portera à la défense de Sélène, d’où fracture au sein de la gent caillouteuse.

Annihilatrice ou salvatrice, Sélène est engagée dans la tourmente d’un vaste enjeu magique qui lui échappe… car elle aspire plutôt à retrouver Lupin, le chevalier (un petit peu déchu, dans les coins) à la canne à pêche, son grand objet d’amour… Mais ça n’empêche pas le tumulte de la guerre des mondes, l’épique conflit intercontinental qui fait rage, avec ses héros et ses lâches aux couleurs variées.

L’écriture de Guilhem est un triomphe du genre. Savoureusement imaginatif et d’une qualité d’évocation remarquable, le récit nous emporte dans cette mascarade lumineuse où tout est possible et où la surprise de lecture, atterrée et joyeuse, est omniprésente. On s’attache viscéralement à la bande d’olibrius qui encadrent Sélène et même à ceux et celles qui la combattent. L’imagination débordante de cette saga titanesque pousse, comme irrésistiblement, à en jubiler le déploiement torve, imprévisible, fascinant, crucial, au fil d’une lecture dévoratrice.

Première diffusion le 07 décembre 2020
4,99 € - 6,49 $ca sur 7switch | Poids lourd | Romans
ISBN : 978-2-924550-58-8
 


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Pétroloquie :

« Geungshi, montre-moi l’emplacement de ces ruines sur la carte, s’il te plaît ?

— C’est ici, sensei. Plus à gauche. Encore un pouce. Stop ! Tu y es. Comme je l’ai dit. C’est dans les Montagnes Sacrées, après les Cascades de la Grande Gorge. »

Geungshi, originellement un mort-vivant complet, n’était plus qu’une face fracassée à la suite d’une succession de malchances, hasards et mauvaises décisions. Tenu délicatement au-dessus du plan par l’énorme patte d’ours-nandi du Prof, il lui faisait partager sa connaissance du continent d’Asia dont il était natif.

« C’est vaste et – si j’en crois la carte – c’est une zone interdite que tu m’indiques, dit le Prof.

— Ce n’est guère étonnant, elle se situe dans les terres de la Multitude Innombrable, sensei. Il n’y a pas d’endroit plus dangereux en Asia.

— Et tu es certain qu’un relai s’y trouve ?

— J’ai découvert plus précis dans un palimpseste de Rin Ito qui a été moins altéré par l’âge. La poétesse y parle d’une Cité naine ravagée par le dragon à neuf têtes Fenghuang et de sa fuite désespérée à travers une arche temporelle. Elle vivait dans un village situé en contrebas des Pics de Chanthaburi qui sont les premiers de la chaîne de montagnes gigantesques qu’on nomme Montagnes Sacrées. Dans cette région, la Multitude Innombrable avait déferlé à l’époque où rien ne l’endiguait. Rin Ito a pu en réchapper miraculeusement et a raconté une partie de son épopée en un magnifique yukar. Tu peux accorder du crédit à ce témoignage, sensei.

— Bon. Une arche temporelle… C’est un mince indice, mais je ne vois guère de meilleures pistes pour le moment. Le deuxième Fragment ayant été cassé par le passé, nous n’avons pas d’autre choix que de tenter de remonter le temps pour le récupérer avant sa destruction. Y a-t-il d’autres portails sur un des trois continents, dans une zone moins dangereuse, peut-être ?

— Espérons que cette arche n’ait pas été endommagée par ceux qui ont génocidé le peuple nain. Le fait qu’elle se trouve dans une région périlleuse d’accès joue en notre faveur pour la préservation de ce vestige, sensei. »

Le Prof prit un ancien rouleau de parchemin dans sa main.

« Si on en croit ce Traité de mécanicomagie temporelle de Moussa N’Bao, qui est le seul à avoir étudié des ruines d’arches, il ne s’agit que de passages naturellement existants puis domestiqués par les nains. Il doit donc être possible de les restaurer s’ils sont abîmés.

— Peut-être y en a-t-il d’autres ailleurs en des lieux de forte confluence magique ? En attendant, c’est l’unique indice dont je dispose, sensei.

— Autant chercher une aiguille dans une botte de foin, alors. À défaut d’une meilleure idée, nous marcherons vers les Cascades de la Grande Gorge, puis au-delà dans les Montagnes Sacrées.

— Il sera possible de s’infiltrer à travers la Multitude Innombrable, sensei, tant que Sthéna est avec nous. En ce qui me concerne, je ne puis m’y rendre. C’est trop risqué pour un mort-vivant. Je ne saurais vous accompagner.

— Je ne te comprends pas, Geungshi. Tu ne veux pas qu’on te mette dans un nouveau corps pour te soigner parce que tu désires soi-disant mettre fin à tes jours, mais tu cherches à éviter le danger mortel que constitue la Multitude Innombrable. N’est-ce pas paradoxal ?

— J’ai mes raisons, sensei. Périr au sein de cette entité desservirait mes projets. J’espère quitter ce monde. Je ne cesse de vous le répéter. Encore plus depuis qu’il ne reste que cela de moi. Je ne suis plus qu’un masque de moi-même. Je… Qu’est-ce qu’il fait sombre tout à coup, tu ne trouves pas ? »

Un bruit anormal en provenance de l’extérieur, de légers cliquetis, commença.

Le Prof s’approcha de la fenêtre.

« Ce doit être de la grêle… »

Effectivement, de petits grêlons très dispersés tombaient en faible nombre et rebondissaient gaiment sur le sol. Le Prof regarda le ciel qui était noir comme en pleine nuit. Il ramassa le seul grêlon posé sur le rebord de la fenêtre et poussa un cri de stupeur. Il rajusta ses lunettes pour mieux y voir de près.

« Que se passe-t-il, Sensei ?

— Est-ce habituel, toi qui es originaire d’Asia ?

— Quoi donc, Sensei ?

— Ce ne sont pas des glaçons qui tombent… Ce sont des graviers.

— Gravier toi-même. Je suis une pouzzolane, tête de schiste ! »

Le Prof sursauta. Il jeta le malotru par la fenêtre.

« Salauuuud… »

Le cri injurieux du gravier s’éteignit au loin en un « Aïe ! » sonore.

« T’as entendu ça. Il vient de me parler, Geungshi ! »

Sélène accourut alors, essoufflée.

« Il faut partir. Maintenant ! Une pluie de pierres va bientôt s’abattre sur nous.

— Pardon ? Des graviers qui parlent ? Une pluie de pierres ? Il n’y a rien de tel en Asia, Sélène-chan. Que nous inventez-vous donc là ? »

Sélène brandit un galet devant elle.

« Enchanté, dit ce dernier. Estimable Geungshi, je suis sincèrement honoré. Hé, mais c’est le Prof ! Je suis ravi de vous rencontrer en pierre et en minéraux et de pouvoir enfin vous parler. »

La mâchoire du Prof s’affaissa.

« Vous êtes…

— Pierre.

— Ah. »

Un léger silence s’installa.

« Bien. Tout roule pour vous ? demanda Pierre. On peut y aller ? »

Le Prof tira Sélène par le coude.

« Mais… Sélène. Les galets ne parlent pas.

— Hum. Je me permets d’intervenir parce que c’est de moi dont vous êtes en train de discuter. Cher Professeur, vous êtes bien en face d’une pierre douée de parole. Pour un esprit rationnel, je ne sais pas ce qu’il vous faut de plus !

— On déguerpit ! dit Sélène.

— Inutile de paniquer, rectifia Pierre. Mes partisans m’informent qu’ils vont couvrir votre retraite. Prenez le temps d’attraper quelques effets. Une longue marche nous attend. Il faut vous équiper. »
 

[Retour…]

Sélène a trop la honte :

« Jeune fille ! Un des miens l’a localisé ! Ton petit copain n’est pas mort. Viens vite ! »

Sélène accourut vers le grain de sable, joyeuse et excitée.

« Il est où ?

— C’était pas simple. Tu dois ça à une pierre ponce. Elle-même s’est égarée et n’a aucune idée d’où elle se trouve pour le moment. Les Pierres ponces ne sont pas du genre futé. C’est à peine si elles savent parler. C’est un problème de densité minérale. À l’heure qu’il est, on sait juste que ton petit copain a échoué sur une ile déserte au beau milieu de l’océan. Je peux te mettre en communication avec lui.

— Super ! Allez-y ! »

L’attitude de Sélène changea du tout au tout.

« Enfin, non j’veux dire. Je… Je ne sais pas quoi lui dire. »

Le grain de sable resta stoïque. Il regarda l’adolescente en proie à une panique naissante.

« Eh bien, tu prends de ses nouvelles et tu lui donnes des tiennes, jeune fille.

— Et s’il ne veut pas me parler ?

— Pourquoi ne voudrait-il pas te parler ? C’est ton petit copain, oui ou non ?

— Il n’est pas encore au courant.

— Quoi ?!

— C’est justement ce dont on doit discuter, mais j’ai le trac, là. J’ai mal au ventre. Et s’il ne veut plus être amoureux ? Parce qu’en fait il y a eu cet autre garçon avant, et… »

Le Grand Monolithe fut noyé sous un flot de paroles qu’il parvint à peine à écouter. Lorsque Sélène marqua une pause dans le déroulé de son drame amoureux, le grain de sable proposa :

« Veux-tu que je lui parle à ta place ?

— Pitié, oui. Dis-lui que je l’aime. Non ! Demande-lui s’il m’aime. Non ! Que je l’apprécie et que je sais que lui aussi. Non ! Ça fait nunuche. Demande-lui comment ça va d’abord. Non ! C’est peut-être un peu trop direct. Je… Je… Raccroche ! »

Des larmes montèrent aux yeux d’une Sélène figée dans l’indécision.

« On pourrait…, tenta de proposer le Grand Monolithe. »

Sélène partit en pleurant dans un coin de la cavité.

« Je sens qu’on va en avoir pour la journée » dit le vieux sage à nouveau seul.

 
 


 

« Dénommé Lupin, j’ai quelqu’un près de moi qui vous… euh… estime… beaucoup. Elle se nomme Sélène. Et euh… L’estimez-vous aussi ?

— Sélène ! Quel soulagement ! Elle va bien ? »

Le grain de sable se tourna vers l’adolescente qui, tétanisée et anxieuse, écoutait la conversation sans cligner ses yeux rougis et en se rongeant un ongle.

« Elle va très bien. Où êtes-vous, jeune homme ?

— Il y a beaucoup de sable, et la mer à perte de vue. Notre embarcation est détruite. Pouvez-vous nous secourir ?

— Pas sans savoir précisément où vous êtes. Nous menons l’enquête.

— Oui. J’ai essayé de parler à Pierre-Ponce, mais il ne semble pas comprendre tout ce que je lui dis.

— En effet, Pierre-Ponce n’est pas dans le meilleur des réceptacles pour penser.

— Je lui ai expliqué que nous avions franchi le Maelstrom, mais il ne sait pas ce que c’est.

— Le Maelstrom ?! C’est impossible ! Personne ne traverse le Maelstrom. Le Dieu des Mers est chargé de sauver ceux qui s’y aventurent. Vous ne l’avez pas rencontré ?

— En fait, je suis avec un vieil homme qui voulait à tout prix le pêcher et qui a réussi. Après, on s’est fait avaler.

— Mais… Mais… On ne pêche pas les dispositifs de sécurité de la planète ! Qu’est-ce que c’est que ce fou ?

— Il se nomme Pêcheur. Il est occupé, pour le moment. Je vais avoir du mal à vous le passer. Personnellement, j’honorais une dette.

— Vous êtes sûr d’être de l’autre côté du Maelstrom ?

— À peu près sûr, oui.

— Décrivez-moi le ciel ?

— Il y a plusieurs lunes et je pense avoir vu au moins deux soleils. La lumière ambiante n’est pas la même. C’est un peu étrange.

— C’est un miracle que vous soyez encore en vie.

— Comme vous dites…

— Toujours est-il que ça risque de compliquer énormément votre retour que vous soyez de l’autre côté de l’écorce terrestre… »

Le Grand Monolithe jeta un coup d’œil à Sélène. Il lui expliquerait le souci plus tard.

« Disons que ça va poser un gros problème. »

Sélène semblait fermée. Il interpréta mal son mutisme.

« Voulez-vous que je vous passe Sélène ? »

Elle fit de grands gestes négatifs.

« Je… Je suis trop timide, avoua Lupin.

— Tout comme elle, manifestement. »

Le rouge envahit le visage de Sélène.

« Bon. Vous n’avez qu’à lui parler. Elle vous entend depuis tout à l’heure. »

Il y eut un long silence gênant, puis :

« J… B.. Gu…. J…

— On dirait qu’on a un problème de communication. »

Ce problème n’était pas d’origine technico-magique. C’était son bégaiement qui revenait. Lupin en était coutumier de longue date. Il était toujours aussi timide en présence de celle qu’il aimait.

« B.. G…. Peu…

— Écoutez. On a un problème. On ne vous entend plus. Je ne sais pas si vous-même m’entendez. Je vais vous recontacter plus tard. Gardez Pierre-Ponce dans votre poche afin qu’on puisse communiquer. Sachez qu’il existe un second tourbillon qui re-remplit l’océan-fleuve de la planète du côté de la péninsule occidentale du continent de Chaâm. Il vous faudra l’emprunter pour revenir à l’intérieur de la planète. Essayez de vous fabriquer un radeau ou un truc du genre. Le courant vous y portera naturellement. Là où vous êtes, on ne peut rien faire pour vous aider. Je vous recontacte pour fixer un lieu de rendez-vous quand la liaison sera meilleure.

— Beu… C… »

La conversation s’interrompit.

« Voilà, jeune enfant. J’espère qu… »

Sélène se mit à tempêter :

« Il part faire de la pêche au lieu de me chercher ! Il n’a pas répondu pour dire s’il m’appréciait ! Et vous lui avez dit que j’étais émotive et timide ! J’ai trop la honte ! »
 

[Retour…]

 

 

 

Livres publiés


Guilhem : L’annihilatrice à couettes
Guilhem : Le chevalier à la canne à pêche
Guilhem : La plante verte