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Quatre contes érotiques


Une suite de nouvelles de Paul Laurendeau
 

Voici quatre nouvelles en gigogne, qu’un fil ténu relie : une personne, un souvenir, une histoire. Dans chacune, l’auteur prend soin de plonger dans l’intimité psychique de ses personnages, puisque c’est depuis l’intérieur des êtres que l’érotisme fleurit  de rondes fesses dans un matinal rayon de soleil n’y suffisent jamais. Une fois bien installé dans les histoires personnelles, l’auteur déploie ses paysages, et les conséquences se déroulent, inexorables. Comme toujours, l’écriture est léchée, retenue, dense, précise et délicate. Rien n’est caché, oh surtout pas ! et rien n’est laissé sans attention, jusqu’aux petits riens  sur lesquels, l’air de rien, se noue le fil qui mène à la prochaine saynète.

Ces quatre contes sont un régal pour l’esprit ; nous en sortons joyeux et heureux, confiants et plus savants. Voici de l’érotisme pour tout le monde, et pour toutes sortes de goûts.

Première diffusion le 05 05 2014.
1,99 € - 2,59 $ca sur 7switch | Poids léger | Nouvelles
ISBN : 978-2-923916-79-8


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Échantillon :

À LA LIMITE. Aussitôt que l’ordre de sa Maîtresse le rappelant au pied retentit, Philippe, si solidement bandé que son pénis semble littéralement décroché de son bas-ventre, si profondément enfoncé dans la vulve pulpeuse de Rébecca la Voyeuresse qu’il ne sait plus très bien à qui ces deux organes appartiennent vraiment, Philippe, l’esclave intégral de la noire souveraine du Bas d’Icelle, retrouve instantanément tous ses moyens. Pour tout dire, il n’est surpris qu’à demi, connaissant bien les exigences en méandres de la dame qui le domine. Il voit bien qu’on lui confie maintenant une nouvelle mission : servir d’instrument docile à la démonstration du pouvoir intégral de Proserpine sur son salon. Mais l’affaire est délicate. Il est au bord de l’orgasme et cette extraordinaire inconnue avec laquelle il fait maintenant l’amour depuis plusieurs minutes continue de se trémousser contre lui avec voracité et ardeur. La marge de manœuvre est très mince tant du point de vue physiologique que diplomatique. Malgré son évidente insouciance à l’égard de tout protocole, la femme de feu demeure une invitée de marque qu’il faut maintenant repousser avec vigueur mais déférence. Rapidement, Philippe s’immobilise et pose délicatement les coudes de Rébecca au creux de ses mains. Voyant bien à la regarder le plus tendrement possible dans le fond des yeux et sans parvenir complètement à réprimer un petit sourire navré, il donne un court et vif coup de reins vers l’arrière et son pénis bondit hors du con de cette femme merveilleuse qu’il désire tant mais qu’il ne peut plus prendre. La Voyeuresse émet un long râle déçu. Philippe recule lentement, un peu déséquilibré sur ses hauts talons. Le voilà pénis au clair, toujours au péril de voir son orgasme éclater, à vide maintenant. Soudain, impair de plus à la coutume bien codifiée du Bas d’Icelle, Rébecca le saisit fermement par le bras et cherche à le ramener à lui.

Proserpine se lève promptement. En trois enjambées félines elle a rejoint le couple. Elle pose la pointe de sa cravache sur la main de la Voyeuresse, signifiant sans une parole qu’il est maintenant temps que l’ardente invitée lui rende son esclave. Sa soif sexuelle frustrée lui tenant lieu de rage et de courage, Rébecca la Voyeuresse lâche le bras de Philippe et saisit violemment la cravache de sa tortionnaire en poussant un petit cri amer et hargneux. Les deux femmes se toisent un instant, puis la blonde écuyère lâche prise et se retire de son pas puissant vers le fond du salon en croisant les bras sur sa poitrine et en frissonnant de désir brimé.

Pendant ce court duel des puissances, Philippe n’a pas perdu son temps. Veillant bien à ce que son pénis ne touche pas les plis de sa robe ni rien d’autre, il s’est sèchement laissé tomber sur le cul et reste immobile au sol en prenant de grandes respirations décontractantes. Son but cardinal et exclusif est de débander. Le pénis oscille lentement au rythme des battements de son cœur mais ne mollit pas encore. C’est comme cela que Proserpine le retrouve, cul au sol, robe retroussée, dos arqué, tête envoyée vers l’arrière, jambes ouvertes, ongles raclant le plancher de bois, râle aux lèvres et pénis libre. Elle se sent prise d’un tressaillement, d’un imperceptible frémissement d’excitation face à ce fin corps phallophore, palpitant, terrassé de désir mais toujours fidèle.

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À propos de ce recueil

Par Paul Laurendeau

Se compénétrer, comble de la langueur érotique. C’est ce qui se passe ici, tout doucement, narrativement, avec ces Quatre contes érotiques en gigogne. On démarre avec les mésaventures post-sadiennes de Béatrice et surtout de Valentine, jeunes allumeuses ouvertement assumées qui aiment les garçons (pour les bonnes et les mauvaises raisons) et ne se privent pas pour bien le leur faire sentir.

Le premier conte est le surf hyperactif des idylles furtives, une cavale sexy un peu myope et échevelée qui nous ballote sur les flots tumultueux et saumâtres de la fuite en avant d’homme en homme en se laissant porter par ce fabuleux et cuisant mal du siècle de filles : la haine de soi. Le dernier homme rencontré (et baisé) par Valentine est Philippe, le petit travelo propret, sensuel, salace, lascif, gynocrate et soumis qui sera le discret protagoniste du second conte. Sous les ordres de Proserpine, sa maîtresse inconditionnelle et doucereusement tyrannique,Philippe prend respectueusement soin d’une des hôtesses de cette dernière. Tout est possible, tout est permis au Grand Salon du Bas d’Icelle si et seulement si Proserpine l’autorise. Cette salonnière fantasmante, « encore belle » comme on disait autrefois, est une dame d’âge mûr qui porte en elle, bien serré, bien recroquevillé, le secret de fin d’enfance justement relaté dans le troisième conte. Proserpine toute jeunette, nubile, éperdue et ardente, rencontre alors son premier amour, dans la vieille demeure campagnarde de tous nos jadis, et elle s’unit à lui, dans des conditions particulièrement surprenantes. C’est un homme élégant et mystérieux – un écrivain – qui fera monter sa jeune amante vers une étrange extase à la fois folle et docile. Ce faisant, il tape, cet élégant monsieur, sur sa fascinante machine à écrire, le texte du quatrième conte, le plus féerique des quatre, le plus éthéré mais le plus couillu aussi : une lecture masculinisée du drame de Barbe Bleue. Oui, ce vieux lascif de Gilles de Rais nous donne sa fougueuse version des choses du dire douloureusement phalloclaste, juste avant de quitter le monde de l’amour et de la passion torride dans les replis duquel tout ce qui érotise finalement, justement, se compénètre mais aussi se décarcasse, comme les calicots d’un théâtre à ciel ouvert, sous la tempête.

Mon commentaire

Écrire érotique, c’est unique, c’est spécifique, c’est jouissif mais c’est ardu, aussi. C’est toujours particulièrement déroutant. On est vraiment dans de l’écriture à genre contraint. Je veux dire par là que si toute fiction incorporant un meurtre n’est pas nécessairement un roman policier, toute fiction incorporant le passage d’une soucoupe volante, de la moindre petite soucoupe volante, dans le ciel, nous place automatiquement, comme fatalement, dans la science-fiction. De la même façon, il y a des récits avec flingue et des récits sans flingue… C’est ainsi et ce, que le genre textuel soit explicitement dénommé ou non. Et, bon, ce sont alors (avec flingue versus sans flingue) des univers, des rythmes et des dynamiques totalement distincts. Il y a vraiment des textes qui sont à genre contraint et, je veux dire, contraint par les moindres petites choses se manifestant dans le récit.

L’érotisme est totalement tributaire de ça. Il fonctionne ici moins comme une scène de meurtre que comme le passage d’une soucoupe volante ou l’apparition, subite ou attendue, d’une arme à feu. Si l’érotisme se manifeste, même temporairement, même fugitivement, il acquiert vite le pouvoir absorbant des fixations lancinantes qui l’impose comme thématique majeure sinon exclusive du récit. On glisse, on dérape dans le texte érotique et on y colle comme la mouche dans la toile du monstre. L’érotisme ne peut pas se traiter (s’enfiler en douce, s’introduire subrepticement, soit dit ici sans vouloir faire gaulois ou facile) comme on le ferait d’un décor, d’une tonalité ou d’une péripétie. Il est obligatoirement un sujet-force. S’il y a érotisme, on est en train d’écrire un texte érotique. Pas de demi-mesure. Notre culture est configurée comme ça, concernant les choses de l’intimité sexuelle. C’est comme ça et puisque c’est comme ça, autant pleinement assumer, jusque dans la formulation du titre du recueil, qui annonce les couleurs, comme le feraient « du cosmos » ou « aux étoiles » dans le titre d’un roman de science-fiction. Je n’y peux rien, il n’y a pas de roman ou de nouvelle « demi-érotique ». pas plus qu’il n’y aurait de demie science-fiction.

L’autre problème avec ce type de texte est que l’explicite, raffiné ou vulgaire, cru ou velouté, salace ou altier, beau ou moche, ne fait pas nécessairement l’érotisme. Il s’en faut de beaucoup. La libération sexuelle du dire ne fait pas nécessairement que tout est dit. Érotiser, ce n’est pas seulement formuler, raconter, rapporter, c’est aussi imprégner, hanter, alanguir. Il faut jouer avec les tensions émotionnelles, les contraintes thématiques (le texte érotique traite toujours des thèmes et il emporte avec lui des thèses même s’il se garde bien de les défendre didactiquement). Érotisme n’est pas pornographie (et ceci n’est en rien un jugement moral).

Il faut, de plus, gérer cet étrange et très spécifique effet de satiété qui fait qu’on se « toque » (qu’on sature, littéralement) passablement rapidement en lisant de l’érotique (alors qu’on gobe des centaines de pages de esse-effe ou de polar sans tiquer). Les embûches sont donc ici singulières, lancinantes, inusitées et sans commune mesure. On peut vraiment réussir ou rater un texte érotique. Et, dans un cas comme dans l’autre, ouf, il ne se fera pas que des ami(e)s. Comme aurait pu le dire Proserpine en personne au sortir de l’enfance : Sachez-le, mes juges… Et bonne lecture. Rêvez, mouillez et bandez bien, à ma santé.

P.L.

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