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Frédérick Maurès


Qui suis-je ?

Je suis né à Bordeaux le 4 août 1961. Très tôt, au collège, j’ai rédigé de courts articles pour une gazette très artisanale distribuée à quelques camarades "happy few". La dictature des mathématiques m’a conduit vers un BAC scientifique, bien qu’ayant un profil équilibré entre matières littéraires et scientifiques.

En 1982, j’ai quitté la capitale mondiale des grands crus classés pour poursuivre mes études à Paris. À l’ESCP EUROPE, j’ai pris une part active à l’organisation du Prix littéraire HERMES-ESCP, en tant que membre du Comité de lecture et de sélection. Diplômé de l’ESCP EUROPE en 1985, je me suis établi à Paris où j’ai exercé différentes fonctions, principalement dans le secteur de la formation initiale et de la formation continue pour adultes, en tant que Directeur ou Directeur général de structures œuvrant dans cet environnement. Je dirige actuellement une importante société de services. Mes passions : l’écriture bien sûr, mais également les nouvelles technologies, les médias, le tennis et, en spectateur uniquement, le rugby.


Qu’est-ce que je lis ?

Je suis assez éclectique dans mes choix. Cependant, s’il fallait ne citer qu’un auteur, pour moi ce serait sans aucun doute Maupassant.


Qu’est-ce que j’écris ?

Ma première publication est relativement récente (2005). Romans, nouvelles, pièce de théâtre sont les genres que j’ai abordés jusqu’ici. Je vous invite à les découvrir ici ou là.


Un échantillon

 

Personnages

DG (Directeur général), Agnès (Assistante du DG), Morad (Responsable des Services généraux), Rachel (Déléguée syndicale, membre du CHSCT), Paolo (Délégué syndical, membre du CHSCT).

 

Décor

L’action se déroule devant la porte de l’ascenseur. Un énorme crachat barre le passage pour accéder à la cage d’ascenseur.

 

Le Début

Un petit attroupement s’est formé.
Sont réunis : DG, Agnès, Morad.

DG (n’en croit pas ses yeux) : Ça alors, c’est bien la première fois que je vois ça ! On aura vraiment tout vu dans cette maison ! Qui a pu se permettre ?

Agnès : Quelle horreur, mais quelle horreur ! Il faut prévenir le CHSCT !

DG : Heu, Agnès, s’il vous plaît, on ne va peut-être pas alerter la terre entière tout de suite, non ?

Morad : Je vais faire nettoyer ça immédiatement, Monsieur.

Rachel (les rejoignant) : Non, Morad, stop ! En tant qu’élue au CHSCT, je demande une expertise du crachat, sinon je me verrai dans l’obligation de lancer un appel à l’exercice du droit de retrait pour tous les salariés présents aujourd’hui !

DG : Une expertise du crachat ? Non mais vous rigolez, là ?

Rachel : Pas du tout. Avec tous les virus qui circulent, pandémies et autres cochonneries, nous devons prendre toutes les précautions qui s’imposent. Il faut faire expertiser !

Morad (s’adressant à Rachel) : Un simple coup de serpillière et il n’y paraîtra plus, vous savez&helip;

Agnès : Moi, si je peux me permettre&helip;

DG : Taisez-vous, Agnès !

Agnès : Ah, bon, si c’est comme ça, je me tais, mais je voulais quand même dire qu’une expertise, ça rassurerait tout le monde, moi la première&helip;

Rachel : Ah, vous voyez, l’inquiétude commence déjà à s’emparer de nos esprits !

DG : Mais je ne suis pas du tout inquiet, moi ! Si je tenais celui qui a fait ça, croyez-moi, il passerait un mauvais quart d’heure. Il aurait droit à son averto direct, remis en mains propres illico !

Agnès : C’est bien, ça, en mains propres, ça évite les contaminations&helip;

DG : Silence, Agnès.

Agnès : Remarquez, en mains propres, c’est toujours contre décharge, et la décharge c’est plein de microbes&helip;

Morad (regard attendri) : Ah, ah, elle est bien bonne, je reconnais bien là votre humour, Mamzelle Agnès !

Agnès (surprise) : Ah ? Mais je ne cherchais pas à plaisanter&helip;

DG : C’est ça qui est encore plus drôle, d’ailleurs !

Rachel : Bon, c’est pas le tout, mais il y a urgence maintenant, les microparticules du crachat sont en phase de dissémination aérienne, et si vous continuez à tergiverser, on va tous y passer !

DG : Pas de panique, pas de panique. On n’est quand même pas en danger de mort imminente, merde !!!!

Agnès et Morad (ensemble) : Ooooooh !

DG : Bon, ça va pas recommencer, j’ai le droit de dire « merde » aussi, non ?

Rachel (sur un air sarcastique) : Dans une boîte où on trouve des crachats par terre devant l’ascenseur, de toutes façons, vous pouvez dire « merde » et même toutes les grossièretés qui vous passent par la tête, ç’est tout à fait approprié&helip;

DG (énervé, hurle) : Oh, ça suffit, vous, hein ! Et d’abord, qui me dit que ce n’est pas vous ou un de vos collègues syndiqués qui avez craché ici ?

Morad : Heu, Monsieur, ça ne sert à rien de vous énerver, c’est mauvais pour le climat social&helip;

Agnès : Oui, et moi je dis qu’il faut faire gaffe au climat pour sauvegarder la planète. D’ailleurs, Nicolas&helip; Hulot, hein ? Pas l’autre (s’esclaffe bruyamment), il a dit que&helip;

DG (toujours hurlant, à l’adresse d’Agnès) : Ta gueule, t’entends, ta gueule maintenant ! Morad, vous allez me faire nettoyer ce crachat&helip;

Morad (empressé, esquissant un pas en arrière) : Bien, Monsieur, tout de suite, Monsieur.

Rachel : Ah, mais ça ne se passera pas comme ça. D’abord vous insinuez que les Délégués syndicaux seraient à l’origine de cet attentat bactériologique et à présent vous passez outre toute précaution d’hygiène élémentaire&helip; (hurlant) DROIT DE RETRAIT IMMÉDIAT ! DROIT DE RETRAIT IMMÉDIAT !

DG (à Morad) : Attendez, Morad, attendez !

Rachel s’arrête de hurler
et scrute les réactions du DG.

DG : Bon, Morad, comment peut-on faire pour faire analyser ce truc ?

Morad (dubitatif) : Je vais me renseigner, Monsieur. Je vais appeler le Médecin du Travail.

DG (le doigt levé, vindicatif) : Mais je vous préviens, je veux une analyse ADN de tous les salariés et on comparera avec l’ADN du crachat et alors, gare au porc, je le saignerai !

Agnès : On pourra peut-être faire appel à Monsieur Robert pour saigner le porc ?

DG : Silence, Agnès, un peu de discrétion, palsambleu !

Rachel (intriguée) : Qui est ce Monsieur Robert ?

Agnès (empressée) : Un monsieur formidable : il est chasseur !

DG (toujours très énervé) : Morad, emmenez Mademoiselle Agnès dans son bureau et enfermez-la !

Morad : Bien, Monsieur, tout de suite, Monsieur.

Agnès : Ah, mais attendez, avant, il faudrait peut-être que je sois décontaminée, non ? J’veux pas être victime d’une pandémie.

Morad (empoignant Agnès par le bras) : Viens, Agnès, viens, suis-moi, ça vaut mieux crois-moi&helip;

Rachel : C’est ça Morad, tu t’en vas&helip; et le crachat alors ? Qui va s’en occuper ?

DG : Moi, je vais m’en occuper moi-même, je vais appeler le médecin du travail. Passez-moi votre portable Morad.

Morad : Tout de suite, Monsieur. Tenez, le numéro est affiché.

Morad quitte la scène avec Agnès qui boude.

DG : Allô ? Allô ? Docteur Glaire ? Ici le DG de Droit Dedans SARL. Je ne vous dérange pas, j’espère ?&helip; Oh, excusez-moi, ma question est stupide, bien sûr. Oui, voilà, alors je suis confronté&helip; pardon, nous sommes confrontés, car je suis aux côtés de Rachel Verdier, que vous connaissez bien&helip; pardon ? Oui, que vous connaissez très bien, c’est sûr (détourne la tête de Rachel qui a pris un air suspicieux) et nous avons découvert en arrivant tout à l’heure, oh surprise, devant la porte de notre ascenseur, en plein milieu du passage&helip; Comment ?&helip; Oui, oui, en plein milieu du passage, parfaitement, mais ce n’est pas le plus important docteur, on n’est pas en consultation là, hein ?&helip; Bon, donc, je disais, nous avons découvert, en plein milieu du passage&helip; Comment ? Quoi ? Oui, devant l’ascenseur, oui, pourquoi ?&helip; Non, mais ce n’est pas non plus ce qui est fondamental, attendez, j’y viens, laissez moi continuer sinon vous allez encore passer à côté de l’essentiel&helip; Comment ? Pardon ? Pourquoi j’ai dit « encore » ? Ah, mais, je ne sais pas du tout, moi, j’ai dit « encore » comme ça, comme on dirait « malencontreusement »&helip; Quoi ? Ça ne veut pas dire la même chose ? Oui ma langue a dû fourcher, voilà, je voulais dire « sinon vous allez malencontreusement passer à côté de l’essentiel », ça vous convient comme ça ? Bon, on peut enchaîner ? Parfait, alors, je vous disais que devant l’ascenseur, en plein milieu du passage, nous avons découvert&helip; Je vous demande pardon ? Quand ? (s’énervant de nouveau) Mais on s’en fout de savoir quand, bordel ! En arrivant, tout à l’heure, voilà&helip;

Rachel (interrompant) : S’il vous plaît ! S’il vous plaît ! Je ne suis pas d’accord avec vous : la datation de la chose a son importance. En effet, le degré de contamination peut sensiblement varier en fonction du temps d’exposition. (fièrement) Je l’ai lu sur le site « Doctissimo » !

DG : Oui, bon, c’était il y a environ 15 minutes, mais de toutes façons, on ne sait pas quand le crachat a été expectoré du sujet potentiellement contaminant, alors !!! Oui ?&helip; Oui ?&helip; C’est ça, vous avez enfin compris, Docteur Glaire, un crachat, parfaitement&helip; Pardon ? Pourquoi j’ai dit « enfin » ? Mais parce que vous m’interrompez sans arrêt et que je commence à perdre patience, vous comprenez ? Quoi ? C’est pas bon pour ma tension ? Mais on s’en fout de ma tension&helip; Oui, oui je sais vous me l’avez dit lors de la dernière visite, oui, oui, quoi ? Ah, d’accord, d’accord, bon, ben à plus tard alors. (raccroche)

Rachel : Que s’est-il passé ? Pourquoi avez-vous raccroché ?

DG : Je n’ai pas raccroché, c’est elle qui a raccroché : c’était l’heure de sa pause cigarettes.

Rachel : Si vous raccrochez au nez de la médecine du travail maintenant, on aura tout vu ! Mais dites-moi, c’est quoi cette histoire de tension ?

DG : Quoi, cette histoire de tension ? C’est mon problème, ça. Et d’abord, c’est couvert par le secret médical !

Rachel : Mais pas du tout ! Nous sommes en droit de savoir si vous êtes apte à diriger cette entreprise. Il en va de la sécurité de tous les salariés. D’ailleurs je vais faire porter à l’ordre du jour du prochain CHSCT la publication semestrielle de votre bulletin de santé.

DG : C’est ça, c’est ça, portez à l’ordre du jour, portez&helip; Et moi je vais diligenter une expertise psychiatrique à votre encontre !

Rachel : Harcelez, harcelez ! Harcèlera bien qui harcèlera le dernier ! Alors, et ce crachat ?

DG (vers Morad qui redescend) : Ça y est, vous l’avez isolée ?

Morad (interloqué) : Ah, non, Monsieur, pas encore, j’attendais le résultat de votre entretien avec le Docteur Glaire&helip;

DG : Quel rapport ?

Morad : Mais&helip; pour connaître la marche à suivre&helip; pour l’analyse&helip;

DG : Morad, mon cher Morad, je ne vous ai pas demandé de mettre Mademoiselle Agnès en analyse, je vous ai demandé de la mettre en lieu sûr&helip;

Morad : Ah pardon, mille excuses, je pensais que vous me demandiez si j’avais isolé le virus !

DG : Je crois que je vais finir à l’asile, moi, ici, avec vous tous !

Rachel : Vous insinuez que vous n’avez plus toute votre tête ?

Morad : Alors, que faut-il faire pour ce crachat ?

DG : Je n’en sais rien.

Morad : Ah, bon ? Madame Glaire n’a pas pu vous renseigner ?

DG : Non, le docteur Glaire fume.

Morad : Ah, vous voulez dire qu’elle&helip; cogite ? (fait un mouvement circulaire avec son index autour de la tête).

DG : Non, elle fume, elle clope si vous préférez.

Rachel : Il me semble qu’il conviendrait d’installer un périmètre de sécurité tout autour du crachat pour éviter que quelqu’un ne marche dedans et n’aille contaminer tous les étages.

DG (résigné) : Excellente idée, ma foi. Un périmètre de sécurité, oui. En attendant que les biologistes de la Criminelle arrivent.

Morad : Ah, bon ? La Criminelle, vraiment ?

DG : Je ne vois que ça, mon vieux. Appelez-les, qu’on en finisse !

Arrive Paolo, une éponge à la main.

Paolo : Ah, vous êtes là ? Excusez-moi, je viens nettoyer.

Rachel : Tu viens nettoyer quoi, Paolo ? Tu ne touches à rien : la Direction doit prendre ses responsabilités et les mesures qui s’imposent.

Paolo (inquiet) : Par rapport à quoi ? C’est quand même pas si grave ?

DG : Ah, ben si, justement, selon votre collègue, c’est même une question de vie ou de mort !

Paolo (incrédule) : Oh ? Tout ça juste pour un peu de limonade que j’ai renversée tout à l’heure ? C’est que j’avais des catalogues de loisirs spécial CE plein les bras, moi. (Il se met à genoux tel un éclair et passe un coup d’éponge rapide sur le « crachat »). Et voilà, hop, ni vu ni connu. C’est moi qu’on appelle la « fée du logis ».

Tous se regardent, abasourdis.

Rideau

 

Extrait de la pièce Le crachat.

 

 

 

Livres publiés


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Frédérick Maurès : Le dernier souffle du Monarque
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