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La fourmi égarée


Un recueil de nouvelles de Frédérick Maurès
 

L’existence nous offre mille chemins qui sont autant d’alternatives dans l’arbre des possibles de nos vies. Mais peut-on véritablement échapper à sa destinée, contrarier « ce qui est écrit » ? Même si nous restons libres de nos choix, avons-nous, au final, une totale emprise sur le hasard ou sur ce qui est prédéterminé ? Ne sommes-nous pas également conditionnés par notre propre histoire, par notre éducation ? Et dès lors toutes nos actions sont-elles vaines ? Ne suffit-il pas de se laisser porter par les événements plutôt que de gâcher notre énergie à vouloir en contrarier le cours ? Mais, a contrario, si notre sort semble scellé, ne subsiste-t-il pas malgré tout une part de secret espoir à laquelle se raccrocher ?

À travers dix nouvelles mettant en scène des personnages confrontés aux caprices du destin, La fourmi égarée nous entraîne dans le tourbillon des vicissitudes de la vie en réunissant quelques-uns des ingrédients qui en constituent l’essence même : émotion, intensité dramatique et dérision.

Première diffusion le 23 octobre 2012
3,49 € - 4,59 $ca sur 7switch | Poids moyen | Nouvelles
ISBN : 978-2-92391-653-8


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Un échantillon :

« Qu’ai-je fait, mon Dieu, qu’ai-je donc commis ? Mes mains innocentes n’ont-elles sculpté l’albâtre que pour y creuser le tombeau de mon Maître ? »

La caresse apaisante de Mona effleure l’épaule abattue du sculpteur. Des paroles susurrées tentent de le déculpabiliser, mais Balthazar est bien trop affligé pour en apprécier le réconfort.

Quelques semaines plus tôt, Mona posait nue dans la froideur piquante de l’atelier. Des journées entières de pose qui avaient fini par conférer à son enveloppe charnelle la blancheur virginale de l’ingénue, la granulosité cristalline de la stalactite. Peu à peu, les mains de Balthazar avaient fixé pour l’éternité la grâce élancée de la silhouette offerte, le foisonnement des courbes parfaitement entremêlées, les justes proportions des formes harmonieuses de l’égérie du Maître.

En vérité, Balthazar était allé bien au-delà de la simple réplique sculpturale. Habité par un génie latent à l’affut du sujet qui déclencherait l’inéluctable éclosion, il avait doté sa création d’une âme. Franchissant les limites d’ordinaire inhérentes à une technicité d’excellence, il avait réussi mieux qu’un banal chef-d’œuvre : l’inaccessible enfantement divin.

L’esprit de Mona inondait l’albâtre, l’imprégnant d’une force vitale jusque-là inconnue en art. Ni embellissement physique ostentatoire, ni transposition de traits de personnalité en habiles lignes de physionomie : la sculpture était Mona, sans artifice superfétatoire ni estompes correctives. Balthazar avait donné naissance à la beauté absolue de l’impalpable authenticité.

Lorsque le Maître vit la sculpture finalisée, il ne dissimula pas son émotion. Parvenu au crépuscule de sa vie, il réalisa brutalement la médiocrité désormais exacerbée de son œuvre rendue définitivement dérisoire à ses yeux. D’une voix où sourdait l’anxiété soumise, le disciple osa s’enquérir de l’avis de l’homme à qui il devait presque tout. Le Maître le fixa alors de ses yeux noirs exorbités, son regard le transperça jusqu’à l’âme et il s’écroula raide mort.

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Livres publiés


Frédérick Maurès : Le dernier souffle du Monarque
Frédérick Maurès : La fourmi égarée