Torche Drama, un roman de Loana Hoarau

Je serai là.
Toujours à tes côtés.
À dompter le moindre de tes gestes.
Chacune de tes pensées.
Je puiserai jusqu'au fond.
Et au fond je puiserai encore.
Je creuserai à t'en briser les tympans et les cordes vocales.
Je creuserai encore et toujours.
Jusqu'à ta résilience.
Tu verras, mon frère.
J’insérerai en toi la soumission.
L'abnégation et le sacrifice.
Tout te semblera naturel et spontané.
Tu comprendras ta vocation.
Tu y adhéreras sans contrainte.
Mais pour cela je dois te former.
Te déformer.
Te transformer.
Anticiper tes chutes.
Accentuer ta dévotion.
Entretenir le feu sacré.
Mon frère.
Pour l'espoir et ma cause.
Pour ce monde parfait que je t'offre.
Sois mon poing.
Sois mon emblème.
Sois mon drapeau.

Avec Torche Drama, Loana Hoarau signe son douzième roman chez ÉLP éditeur.


Première diffusion : 6 novembre 2025 ; Poids : moyen  Collection : Romans
Prix sur 7switch : 3,49 € - 4,99 $ca 
Acheter sur : 7switch | iTunes | Amazon.fr | Amazon.ca | Kobo | etc.
ISBN : 978-2-925555-04-9


Extrait : Le jour du Filtre

Le jour du Filtre, mon frère.
Embrasse chacun de tes proches.
N’hésite pas à leur faire savoir que tu les aimes de tout ton cœur.
Que tu les chéris d’un amour sans faille.
Souris-leur une dernière fois.
Une ultime étreinte.
De celles qui bousculent.
De celles qui dérangent, sans trop savoir pourquoi.
Embrasse-les.
Puis pars sans te retourner.
Pars sans amertume ni promesse intenable.
Pars sans regret ni déchirement invivable.
Car oui, mon frère.
Même si tu l’ignores encore.
Même si tu tentes de ne pas y croire une seule vraie seconde.
Ce sera pourtant la dernière fois que tu les verras.
La dernière fois que tu entendras leurs mots fades.
Que tu contempleras leurs sourires scandaleux.
Leurs corps engourdis.
Leurs regards d’outre-tombe.
Car ils ne sont plus rien.
Un trou noir.
Inexistants là où ton dessein te porte.
Inexistants à l’orée de ta nouvelle vie.
Parce que tout ce que tu as imaginé et produit.
Tout ce que tu as engendré et consommé.
Tout ce que tu as fait depuis ta naissance jusqu’à maintenant.
Tout t’a mené jusqu’à cet instant précis.
Ce moment obligatoire.
Ce moment formel et radieux.
Le moment de ta disparition.
C’est cela, le jour du Filtre.
Ne cherche pas à te soustraire.
Ne cherche pas à te défendre.
Ne cherche pas à savoir ce que tes proches vont devenir.
Ne cherche pas à crier ta peine.
Ne cherche pas à te murer dans le silence.
Ne cherche pas à te défaire de ces mains habiles qui t’entravent.
Ne cherche pas à m’attendrir.
Soumets-toi.
Soumets-toi.
Car oui, mon frère.
Tout t’a conduit à ce moment cosmique.
Ce moment salutaire.
Ce moment empli de gloire à venir.
Ce moment que tu ne comprends pas encore tout à fait.
Alors ne minimise pas l’instant.
Sois pleinement conscient de la récompense que je t’offre.
Avec compassion.
Sans sévérité aucune.
C’est un angle d’approche compliqué pour toi.
Je le sais.
Je l’admets.
Or l’extraction est vitale.
Elle est le moyen de t’affranchir.
Le seul moyen.
Car tu as fauté.
Oui, mon frère.
Tu as fauté.
De par ton existence tu as enfreins les règles élémentaires.
Tu as trahi le monde.
Tu as cherché la gloire artificielle.
Le vide et l’addiction.
Tu voulais ce besoin de liberté.
Ce besoin de puanteur.
Une façade friable.
Une pulsion narcissique.
Tout ce qui fait de toi ce que tu es devenu aujourd’hui.
Un être dégénéré et instable.
Un être dont la petitesse d’esprit détruit tout ce qu’il pourrait entreprendre de bon pour un avenir plus prometteur.
Un être exempt de courage pour y arriver.
Ton inaptitude à t’en rendre compte.
Il est inconcevable de te laisser pourrir ici.
Dans l’oisiveté et la paresse.
Le néant calculateur.
Cette omission permanente, ancrée en toi.
Je t’inculpe de tout cela, mon frère.
Alors oui.
Je t’expulse des catacombes.
Je te dégage de l’infestation prononcée.
Et je te montre mon vrai visage.
Celui de la bonté.
Celui de l’humilité.
Je suis ta nouvelle famille.
Je serai là pour toi, mon frère.
Pour le merveilleux comme pour le pitoyable.
Je serai là pour toi.
Toujours.
Pour toujours.
Que tu le veuilles ou non.
J’infiltrerai ton esprit.
Je commanderai tes moindres faits et gestes.
Je te traînerai sur le droit chemin.
De gré ou de force.
Je serai toujours présent.
À tes côtés.
Contre toi.
En toi.
En toi, mon frère.
Alors accepte le jour du Filtre.
Laisse venir le jour du Filtre.
Sans pleurs aucuns.
Sans répugnance à mon égard.
Sans gravité.
Laisse venir le jour du Filtre.


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